08 La Sweat Lodge aujourd'hui

Avec le renouveau de la conscience indienne, les Lakota se sont mis à la recherche de leurs racines. Bien des choses ont été perdues à travers un siècle et demi d'oppression et une certaine acculturation. Bien sûr, nombre de Lakota sont aujourd'hui plus blancs qu'indiens dans leur façon de vivre, de penser. Le roi dollar et la grosse américaine sont convoités, et l'alcool aussi, d’ailleurs - qui permet d'oublier.

Il y a nombre de métis, un quart, un demi, trois quarts indiens. Les Lakota "full-blood" ou "four-blooded" ne sont pas les plus nombreux.

Depuis les années 1970, toutefois, un mouvement de reviviscence des traditions, de l’indianité, s'est fait jour. Les Lakota ont commencé à apprendre à se battre avec les armes des blancs : la loi et les procès, la contestation, l'utilisation des médias, la politique...

Les Lakota ont ainsi obtenu la reconnaissance de leur religion comme religion autochtone américaine, et surtout la libre pratique de cette religion.

Sur cette base, des Sweat Lodge ont été introduites dans des prisons, afin que les prisonniers indiens - et pas uniquement Lakota -puissent pratiquer ce rite et ainsi retrouver leur identité.

Un prisonnier non - indien pourra également y participer, à condition d'avoir postulé pendant assez longtemps pour que l'on puisse être sûr que ce n'est pas une curiosité vaine qui le motive.

Aujourd’hui, donc, il y a une Sweat Lodge dans la plupart des prisons américaines. Il y en a également quelques-unes en Europe : France, Suisse, Hollande, Allemagne, Suède, principalement.

Et, bien sûr, avec le renouveau de la conscience de l'indianité, il y a des Sweat Lodge dans les réserves indiennes.

L'on sait que les 4 directions de l'espace, générant le chiffre 4 et la notion de Centre du Monde, sont des éléments -absolument fondamentaux dans la vision du monde Lakota. Et que toute prière, tout rituel, prend en compte l'espace et s'y inscrit. Cette prise en compte de l'espace fait, du lieu de la prière, du rite, le Centre du Monde.

Pour l'Homo Religiosus, le point de référence au Centre du Monde est universel. Ce Centre du Monde, dans l'expérience religieuse, est vécu comme le point de rencontre de l'homme avec le Numineux, le Sacré. C'est le lieu privilégié qui permet la communication des 3 niveaux : le monde d'en-dessous, le monde des hommes, la transcendance.

Cette notion est archétypique et l'on peut en trouver pour preuve son extension universelle.

Pour donner quelques exemples, à travers les continents, les cultures, les époques :

  • le néophyte Kwakiutl - population amérindienne du Pacifique -s'écrie : " Je suis au Centre du Monde".
  • la Palestine, Jérusalem, le Temple de Jérusalem sont ressentis, de manière de plus en plus "pointue" comme l'ombilic du monde par la tradition juive (jusque dans le sionisme moderne), -le Centre du Monde, pour l'Islam, c'est la Kaaba
  • pour les chrétiens, c'est le Golgotha - et aussi la cathédrale, l’église, lieux de la présence divine
  • le palais du souverain chinois se trouve au Centre du Monde -en Iran : Airyanam Vaejah, le pays iranien, est le Centre et le Cœur du monde et, de manière plus spécifique : la ville de Shiz, ville natale de Zarathoustra.
  • le temple bouddhique de Borobudur, dans l'Ile de Java -aussi bien qu'au Cambodge : Angkor Vat
  • Babylone avait des noms tels que : Maison de la Base du Ciel et de la Terre. Ou : Lien entre Ciel et Terre
  • à Bali et dans d'autres régions d'Asie, pour construire un village, on partait d'un croisement naturel où se coupent perpendiculairement 2 axes, matérialisant l'espace divisé en 4 horizons et naissant à partir de ce centre. Sur ce point central sera élevée la maison cultuelle, point de rencontre du sacré et du monde de l'homme
  • en Guinée, au milieu du village, se trouve une construction dont le toit représente la voûte céleste et les 4 parois : les 4 directions de l'espace.
  • on retrouve cette notion de Centre du Monde en Italie ancienne sous la forme du Mundus romain
  • chez les anciens Germains
  • et aussi dans le Mandala tibétain

J'arrête là l'énumération qui nous a mené en Afrique aussi bien qu'en Asie, en Europe et en Amérique. Et nul doute qu'en Australie également...

(cf Mircea Eliade  :   "Le sacré et le profane" - Gallimard - 1965)

J'arrête donc cette énumération, mais il serait aisé de retrouver partout et jusque dans nos cathédrales, aussi bien la référence au commencement des temps, la matérialisation symbolique de l'espace et du temps, de l'horizontalité et de la verticalité, le symbolisme reposant sur des animaux et sur des plantes...Partout, et jusque dans l'homme de la civilisation moderne, qui se veut matérialiste et qui a dit : "Dieu est mort...". Et qui, néanmoins, rêve...

Le symbole est la seule voie d'approche de cette autre dimension de l'être qu’est, aussi, le rêve...

Et, peut-être, faut-il penser que, malgré certaines apparences actuelles, l'homme est, toujours, homo religiosus ?

 

Erica Haddouf - Guilane