AA2h La transe ecsomatique (voyage hors du corps ou OBE)

La sortie hors du corps est un état non ordinaire de conscience extrême, dans la mesure où il implique une séparation du corps et de l’esprit. L’esprit quitte le corps et voyage dans des univers différents de celui qui est la référence habituelle de l’état de veille normal. L’OBE se retrouve dans toutes les cultures et à travers l’histoire. Le voyage chamanique est un type d’OBE, mais toute OBE n’est pas un voyage chamanique.

Les types de transes suivantes font partie de la catégorie OBE.

La transe exploratoire

La transe exploratoire inclut les transes de type voyage chamanique ou de recherche délibérée d’informations. Dans le chamanisme, ces informations peuvent être de différentes natures : comment faire pour guérir un malade, pour résoudre un problème (relationnel, social, artistique, rituel, de survie matérielle, etc.) ou pour recevoir un enseignement, des pouvoirs, des esprits-alliés, ou simplement pour découvrir d’autres « lieux » — dans le monde invisible — et les expérimenter, les explorer… Dans cet ordre d’idée, transe exploratoire et voyage chamanique sont synonymes.

La profondeur de cet état de conscience est très variable suivant les cultures et le type de transe exploratoire utilisé pour une situation donnée : suivant les besoins, cela peut aller d’un état très proche de l’état de conscience ordinaire[1] (ECO) à un état cataleptique.

Michael Harner, anthropologue spécialiste du chamanisme sud-amérindien, est un des premiers à avoir introduit l’idée qu’il est possible, pour un Occidental, d’apprendre à entrer dans ces ENOCs exploratoires et d’y enrichir son être. Il a ouvert la voie à ce qu’il appelle le néo-chamanisme[2].

Pour ceux qui l’utilisent, la transe exploratoire présuppose qu’il existe d’autres plans de réalité que celui de la réalité ordinaire. Ces autres plans ou niveaux sont, en quelque sorte, parallèles ou coexistants au monde habituellement expérimenté en ECO. Si ces autres réalités existent bien, il doit donc être possible d’avoir accès à ce qu’elles contiennent : êtres et entités, lieux, connaissances particulières…

Seule l’expérience permet de connaître quelque chose quant à ces réalités co-existantes. Lorsqu’on cherche les répercussions concrètes, sur notre monde matériel habituel, de ces incursions dans les « ailleurs », nous trouvons par exemple des substances comme rauwolfia serpentia, quinquina, curare — et bien d’autres substances encore —, ou idées, ou savoirs, dont la connaissance et les applications sont directement issues de l’expérience de ces voyages chamaniques, car les peuples traditionnels à qui nous devons la réserpine, la quinine, le lapacho et bien d’autres plantes curatives, nous disent que c’est des autres réalités, peuplées d’entités et d’esprits et accessibles seulement à travers la transe, que leur sont advenues ces ressources thérapeutiques. Le chaman, en voyage chamanique, est allé à la recherche de moyens de guérir qui font, chez nous aussi, la preuve de leur efficacité.

L’anthropologue américano-suisse Jeremy Narby[3] voit, dans les visions qu’ont les chamans sud-amérindiens, la communication de la structure même de l’ADN, la molécule fondamentale de tout ce qui vit, porteuse du code génétique. Cette structure est en double hélice et, lors d’une transe (obtenue par ingestion d’une substance hallucinogène, l’ayahuasca, pendant un rite auquel il fut convié), Narby voit deux serpents entrelacés. Son enquête lui révèle ensuite que les Indiens qui prenaient de cette substance avaient également ce même type de vision.

Puis il tombe sur une note de Michael Harner qui avait lui aussi, lors de ses travaux ethnologiques en Amazonie péruvienne en 1960, pris le même genre de drogue. Voilà l’aventure en transe de Michael Harner[4] : après diverses péripéties, il se met à percevoir des « créatures reptiliennes géantes » qui lui montrent visuellement comment elles avaient, au commencement des temps, créé la vie sur terre.

« Devant moi, la magnificence de la création des plantes et des animaux et de la différenciation des espèces — des centaines de millions d’années d’activité — se déroula à une échelle et une vigueur impossibles à décrire. J’appris que les créatures ressemblant à des dragons résidaient ainsi à l’intérieur de tous les êtres vivants, y compris l’homme. »

Harner ajoute alors :

« rétrospectivement (en 1980), on pourrait dire qu’elles étaient presque comme l’ADN, excepté qu’à l’époque, en 1961, je ne savais rien au sujet de l’ADN. »

Narby continue ses recherches et finit par rassembler un matériel important composé de dessins et de peintures de visions faits par des Indiens après des transes. Un jour, il montre ces productions à un ami possédant de bonnes connaissances en biologie moléculaire. Et celui-ci voit dans ces peintures des structures ressemblant là à du collagène; là au réseau embryonnaire de l’axone avec ses névrites; là encore à des chromosomes à un stade spécifique. Et là, « la forme étalée de l’ADN, et juste à côté, des bobines d’ADN avec leur structure en nucléosome, etc. » [5]

Ainsi, pour Narby, la connaissance du savoir fondamental sur la matière — que notre science découvre à peine aujourd’hui — est implicitement livrée par « l’autre réalité » pendant les transes :

« Je me retrouvais, pauvre anthropologue sachant à peine nager, dans un océan cosmique rempli de serpents microscopiques et bilingues. Je voyais clairement maintenant qu’il existait un lien entre la science et toutes sortes de traditions chamaniques, spirituelles et mythologiques, et que ce lien semblait être passé inaperçu — sans doute à cause de la fragmentation du savoir occidental. »[6]

Puis, il part sur la piste du « serpent cosmique », image de l’ADN, et la trouve dans l’iconographie égyptienne ancienne, chez les Aztèques, en Australie, en Afrique, en Chine, en Inde… Bien sûr, l’ADN n’est pas visible à l’œil nu — et pourtant de si anciennes cultures semblaient en avoir une connaissance par d’autres voies que la voie scientifique. Jeremy conclut que, à travers la transe, les Indiens « ne disposent pas seulement de connaissances botaniques précises, concernant des plantes et des remèdes spécifiques, mais d’une véritable source insoupçonnée de savoir bio-moléculaire, d’une valeur financière inestimable, et qui concerne surtout les connaissances du futur. »[7] Il ajoute encore : « À y regarder de près (…) : bon nombre d’idées absolument centrales pour la science prennent racine au-delà des limites du rationnel. »[8]

[1] Selon William James : « Notre conscience normale de veille n’est qu’un type particulier de conscience, séparé, comme par une fine membrane, de plusieurs autres, qui attendent le moment favorable pour entrer en jeu. Tant qu’on néglige ces formes de conscience, il est impossible de rendre compte de l’univers dans son ensemble. Elles nous ouvrent des régions inexplorées. » Cité par Lyall Watson, Supernature, p. 355.

[2] Le néo-chamanisme est un courant de pensée nord-américain, né dans les années 1970, qui veut redonner à tout un chacun l’accès individuel au Sacré ainsi que le pouvoir de diriger sa vie de manière autonome. Chaque néo-chaman utilise donc des techniques chamaniques empruntées au chamanisme traditionnel et adaptées à l’homme occidental. Le néo-chamanisme, étant un produit de la culture occidentale, se veut plus abouti que le chamanisme traditionnel. Il a également une préoccupation écologique planétaire ; ainsi la sauvegarde de la nature et l’équilibre de la planète sont-ils importants pour le néo-chaman.

[3] Jeremy Narby, Le serpent cosmique.

[4] Cité par Jeremy Narby, op. cit., p. 61.

[5] Ibid., p. 75.

[6] Ibid., pp. 81-82.

[7] Ibid., p. 143.

[8] Ibid., p. 152.