AA4ae - Pas de conflit entre chamanisme et techno-chamanisme

En mettant donc l’appareil de Michael Persinger entre parenthèses, il y a donc aujourd’hui bien des moyens pour parvenir à entrer dans des ENOCs pour celui qui le souhaite, pour le néo-chaman. Certains de ces moyens sont ultra rapides – l’ingestion de drogues en particulier ; d’autres sont moins rapides – initiations, entraînements prolongés, techno-chamanisme ; d’autres sont très lents – méditation, yoga, ascèse, par exemple.

Certains sont anciens et traditionnels, d’autres sont modernes et technologiques. Du fait de ces différences, doit-il y avoir des préjugés ou des tensions entre les tenants du chamanisme traditionnel et ceux du néo et techno-chamanisme ?

John Lilly et d’autres Occidentaux ayant développé leur capacité à entrer en ENOC grâce au néo et au techno-chamanisme, sont en parfaite compréhension avec des hommes venant de cultures traditionnelles et qui sont des maîtres en ENOCs. Archie Fire Lame Deer, chaman sioux-lakota, a rencontré le Dalaï Lama et, bien que de culture différentes, ils se sont compris et estimés. Y aurait-il véritablement une différence de grandeur entre l’Égyptien antique Achius Aristide qui expérimente en ENOC extatique le contact direct avec le dieu égyptien de la médecine Asclepios, et Sainte Thérèse d’Avila qui vit un état de fusion sensuelle avec son dieu chrétien ? Ou avec le chaman sibérien qui va au ciel en ENOC pour y rencontrer Tängereh, la divinité céleste ?

L’extase ressentie par l’Amérindien du Sud sous l’effet du peyotl ou de l’ayahusca serait-elle, elle, qualitativement inférieure à celle de Saint François d’Assise conversant avec les étoiles du ciel et les animaux de la terre ?

Ne semble-t-il pas évident qu’il vaut mieux expérimenter les choses et les connaître de l’intérieur plutôt que de discourir sur elles de l’extérieur ? Si l’on se souvient que tous les outils que l’on peut utiliser pour obtenir des ENOCs ne sont que des adjuvants, des béquilles (cela est valable aussi bien des drogues exogènes que du rythme du tambour ou de l’électrostimulation), il devient peu important de juger de la béquille, car c’est le but qui est important, qui est fondamental. Lui seul, l’ENOC, en expérience directe et vécue, a de l’importance, car il est expansion de l’être.

En réalité, ces adjuvants, ces béquilles, ne sont là que pour mettre en route des processus que nous détenons en nous de par le simple fait d’êtres humains : sui generis, je le répète. Ils ne sont tous que des clés taillées juste à la mesure des serrures ouvrant les portes des ENOCs.

Alors, ne dédaignons pas les outils qui nous sont offerts par nos technologies, mais servons-nous en avec reconnaissance : moins vite que les drogues dans certaines sociétés traditionnelles, mais plus vite que l’ascèse, ils nous aident à arriver au but désirable : l’expérience directe d’ENOCs, l’avènement en nous de notre nature de néo-chaman.