AA6d La perception du corps second

Pour LaBerge, le corps que l’on perçoit lorsqu’on est en OBE n’est pas ce corps subtil dont il est fait référence dans la littérature ésotérique, mais un « corps de rêve », un « corps onirique ». Et ce corps de rêve, étant une création mentale, est une illusion. Seule la réalité physique ordinaire est réelle, le reste n’est qu’illusion, création du mental. Cela s’applique aux OBE : il ne peut y avoir de sortie hors du corps, car « nous ne sommes que dans l’espace mental » (Ibid., p. 261) à ce moment-là. Il en est de même des NDE :

« Considérant le fait qu’aucune personne ayant jamais eu une NDE n’était réellement morte, l’expérience n’apporte pas plus de preuve de la survie après la mort que les OBE ne justifient l’existence d’un quelconque corps « astral » indépendant du corps physique. Un neurophysiologiste serait prompt à souligner que, lors d’une NDE, le cerveau est encore suffisamment intact pour produire cette expérience. À cet égard, il est intéressant de noter que le cerveau d’un défunt est encore le siège d’une activité considérable, trente minutes, voire plus, après la « mort » clinique — c’est-à-dire l’arrêt cardiaque.

Comme la vie de veille, les OBE et les rêves, l’expérience à proximité de la mort est encore une expérience. Reste à savoir si elle survient au moment de la mort ou pendant un sommeil encore réversible. Puisque nos sources habituelles d’information sur ce qui est supposé advenir pendant et après la mort se limitent à ce que nous obtenons au cours des séances de spiritisme et des « voix de l’au-delà », nous ne sommes pas en position favorable pour étayer la validité des rapports de NDE ! (…) Il n’est pas nécessaire qu’un rêve soit littéralement vrai pour être signifiant et riche de sens (…) et ceci s’applique aussi aux NDE, qui possèdent souvent une signification infiniment profonde pour ceux qui les ont vécus. » (LaBerge, op. cit., p. 276).

Dans le cas de rêves partagés par deux ou plusieurs personnes, c’est-à-dire des rêves où les rêveurs se retrouvent au même endroit et au même moment dans un rêve commun, LaBerge émet l’hypothèse qu’il s’agit là non d’un réel rêve partagé mais en fait d’une communication télépathique entre ces rêveurs dans laquelle ils partageraient uniquement la trame du rêve. Dans ces cas, c’est le fait que quelques détails soient différents dans les récits qui fait pencher LaBerge pour cette théorie de la communication télépathique (pour lui, les phénomènes télépathiques sont des faits, bien qu’il n’ait pas d’explication scientifique pour cela). Ces cas de rêves partagés restent très rares et on ne peut donc en tirer aucune conclusion valable. Souvent, des rêveurs (ou des « obeïstes ») tentent une rencontre de ce genre et l’on relève très peu de cas de réussite.

LaBerge laisse cependant la porte ouverte : en effet, s’il était possible de faire rêver lucidement deux sujets en laboratoire simultanément dans un rêve commun, et que ceux-ci envoient simultanément des signaux oculaires, alors il serait prouvé qu’il existe un monde onirique objectif.

« Si les rêveurs lucides mutuels se montraient incapables d’émettre les signaux simultanés, ce ne serait ni surprenant ni spécialement significatif. En revanche, s’ils venaient à les effectuer de manière concomitante, nous disposerions d’une preuve irréfutable de l’existence objective du monde onirique. Nous saurions alors que, dans certains circonstances au moins, les rêves peuvent avoir la même réalité objective que celle du monde de la physique. Cela conduirait finalement à la question de savoir si la réalité physique est elle-même une sorte de rêve mutuel. » (Ibid., p. 268).

Concernant cette question des différences entre rêve lucide et OBE, Celia Green relève des distinctions notables dans la perception du corps inhérente aux deux expériences.

Ainsi le corps de rêve du rêveur lucide est semblable au corps physique alors que le corps de l’obeïste peut prendre différentes formes ou être un simple point dans l’espace-temps. En général, les obeïstes voient leur corps physique couché dans leur lit. Celia Green pense qu’aucun rêveur lucide ne s’est jamais perçu comme un point, autrement dit sans avoir de corps. Il arrive cependant que des rêveurs lucides aient un corps différent de leur propre corps physique : cela peut même être un corps du sexe opposé, ou le corps d’une personne connue ou inconnue.

La différence essentielle, pour Celia Green entre les deux expériences — rêve lucide et OBE — tient dans la différence de perception du corps — qui est une copie exacte du corps physique chez le rêveur lucide. Il est donc parfois très difficile de trancher pour l’un ou l’autre cas, tellement les différences sont ténues. C’est souvent le degré de conscience de soi de l’expérience qui va être déterminant. Ainsi, le rêveur lucide sait toujours qu’il rêve — c’est une des principales caractéristiques de cet ENOC car sans elle, ce n’est plus un rêve lucide. L’obeïste pense qu’il ne rêve pas et que ce qu’il voit est réel : il est hors de son corps, il en est certain. Cependant, Celia Green, décrit cet univers que l’obeïste perçoit, non comme l’environnement réel, mais comme une copie, une réplique hallucinée par l’esprit de l’expérienceur. Il prend donc pour réel ce qui est une construction mentale, une réalité virtuelle psychique.
(La réalité virtuelle est un univers construit en trois dimensions, à l’aide d’images de synthèses, dans la mémoire d’un ordinateur. À l’aide d’un appareillage spécifique (casque-écran et gant de données), il est possible de se mouvoir dans cet univers en 3D comme si on y était. On appelle cela une immersion dans la réalité virtuelle. Par analogie, un rêve lucide étant une construction psychique que l’on peut qualifier d’artificielle dans la mesure où elle n’existe que dans le cerceau de celui qui le produit, on peut appeler un rêve lucide réalité virtuelle psychique dans le sens où l’on se meut dans un univers également construit, élaboré et mis en scène — psychiquement : celui du rêve — en trois dimensions, mais en plus abouti, plus réaliste et plus « humain » que la réalité virtuelle simulée sur ordinateur.).

Celia Green note que les personnes en OBE peuvent se rendre compte qu’il se passe quelque chose, mais qu’ils n’en déduisent pas forcément qu’ils hallucinent.

Ces deux ENOCs sont extrêmement similaires, voire identiques, et la seule différence notable relevée est issue du discours des expérienceurs. Ainsi les rêveurs lucides disent être conscients qu’ils rêvent et les obeïstes disent être conscients de se trouver hors de leur corps.

Ainsi, LaBerge, rêveur lucide confirmé, pense que les obeïstes sont des rêveurs qui s’ignorent et se leurrent en pensant être hors de leur corps, incapables qu’ils sont, par manque de lucidité onirique, de reconnaître leur véritable état, celui de rêveur lucide.