AA6e ENOCs et répliques du monde réel

Tableau* récapitulatif des expériences métachoriques** :

* Celia Green et Charles McCreery, Traüme bewußt steuern, p. 122

** Métachorique (allemand : metachorisch) : ce terme est dérivé des racines grecques meta qui implique l’idée de métamorphose, et chore qui signifie lieu, endroit. Le terme métachorique désigne donc des OBE ou rêves lucides dans lesquels il y translation de l’endroit d’où le sujet regarde son environnement par rapport à l’endroit où il se trouve effectivement physiquement, lorsque l’environnement perçu en ENOC semble identique à l’environnement réel. Par exemple dans le cas d’un faux éveil, le sujet voit sa chambre d’un autre point de vue que de son lit où son corps physique repose. Le modèle métachorique élaboré par Celia Green repose également sur le postulat que les environnements perçus en OBE, rêves lucides, faux éveils et lors de la présence d’apparitions sont de nature totalement hallucinatoire et sont une reproduction quasi fidèle de la réalité, mais ils ne représentent en aucun cas des lieux de la réalité physique habituelle.

  1 2 3 4 5
    Rêve Lucide Faux éveil OBE Apparitions Rêve éveillé
A Prise de Conscience totale aucune en règle générale souvent à la fin de l’expérience souvent pendant un très court laps de temps
B Continuité avec le faux éveil précédent aucune aucune peut être totale souvent totale peut être totale
C Déroulement temporel 1 à 6 mn quelques minutes quelques minutes quelques minutes jusqu’à ½ heure (?)
D Émotions neutres à fortes négatives peuvent être très positives neutres à négatives neutres (?)
E Réalisme variable variable en général, excellent en général, excellent excellent (?)

Dans ce tableau Celia Green récapitule les convergences et les différences entre cinq phénomènes relativement proches : le rêve lucide, le faux-éveil, la transe ecsomatique ou OBE, l’apparition et le rêve éveillé. Il n’est nul besoin de revenir sur le rêve lucide (colonne 1).

Colonne 2 : le faux-éveil est caractérisé par la sensation — très réelle — de se réveiller, de vaquer à ses occupations, et… de se réveiller à nouveau. Cela peut se produire plusieurs fois de suite, comme une boucle. Le problème dans ce contexte, est que la personne sujette au faux-éveil peut ne plus savoir si elle se trouve dans sa réalité de veille ou dans un rêve lucide. L’OBE est cette expérience d’être en dehors de son corps et de savoir que son corps physique est là, sur son lit, au repos. La sensation du vécu y est très réelle et peut même être très physique — cela est vrai également pour le rêve lucide.

Colonne 4 : l’apparition est prise en compte par Celia Green dans la mesure où c’est un phénomène qui a un caractère de réalité, qui est perçu comme un objet, un animal ou une personne normale. Le sujet pense être en général dans un état de conscience de veille normal et « voit » quelque chose qui a un fort caractère de réalité mais ne « cadre » pas : il est bizarre (ce peut être un défunt, un animal étrange — par exemple mythologique — ou toute autre chose de ce genre). Celia Green émet l’hypothèse dans ce contexte que c’est toute la perception du sujet qui a changé et qu’il est en état de conscience non ordinaire. Sa perception modifiée a recréé une réplique éxacte de son environnement habituel avec rajout de l’apparition. Comme il y aurait recréation de la réalité dans un état de conscience non ordinaire, Celia Green classe l’apparition dans une catégorie qui s’apparente au rêve lucide ou à l’OBE qui, tous deux, ont aussi cette caractéristique de recréation de la réalité ordinaire. En ce qui concerne le rêve éveillé,  les perceptions y sont moins claires et moins réalistes que dans les ENOCs précédents bien qu’elles aient nettement un caractère d’état non ordinaire de conscience.

La prise de conscience est totale en rêve lucide — pas toujours, car il existe des rêves plus ou moins lucides. Mais c’est effectivement une des caractéristiques des rêves lucides. Dans les faux-éveils, il n’y a pas de prise de conscience puisque dans cet état, on est sûr d’être réveillé et donc d’être dans son état de conscience ordinaire (ECO). Dans l’OBE, on est conscient, mais on peut effectivement être tellement plongé dans cet état que l’on est persuadé d’être dans son état de conscience habituel. Or, il n’en est rien, car on peut parfois remarquer, dans les récits d’obeïstes, des erreurs de réflexion et de jugement qui montrent que le sujet n’est pas parfaitement lucide. L’apparition est en effet tellement surprenante que le sentiment de réalité est fort. Dans ce cas, il faut un certain temps au sujet pour réaliser que quelque chose cloche et qu’il ne se rende compte de ce qui ne va pas.

Colonne 5 : le rêve éveillé est assez proche du rêve normal mais, de temps à autre, on sait que l’on rêve.

Ligne B : la continuité avec le faux-éveil précédent : pour le rêve lucide et le faux-éveil, il n’y en a pas d’après Celia Green. Par contre avec l’OBE, la continuité peut être présente. LaBerge, lui, a vécu des faux-éveils suite à un rêve lucide. Il faudrait donc l’inclure.

Ligne C : le déroulement temporel des quatre premiers ENOCs est de l’ordre de quelques minutes. C’est en effet plus long pour le rêve éveillé, et cela peut encore être bien plus long dans le cadre du rêve éveillé dirigé utilisé en psychothérapie.

Ligne D : les émotions s’étagent de neutres à fortes pour le rêve lucide. Elles peuvent être fortes dans le positif — jusqu’à l’état de ravissement — aussi bien que dans le négatif — la terreur la plus extrême. Pour ce qui est du faux-éveil, Celia Green le qualifie de négatif. Je ne pense pas que le premier faux-éveil soit vécu de manière négative. Je dirai plutôt neutre. Après tout, on se sent vraiment s’éveiller. Tout semblait normal. Concernant les OBE, Celia Green écrit qu’elles peuvent être très positives. Certainement, mais ce n’est pas l’avis de tout le monde. Jeanne Guesné a vécu beaucoup d’OBE négatives à tel point qu’elle en déconseille la pratique. Elle pense également que la sortie hors du corps est un « acte contre-nature » et que, de ce fait, il recèle des dangers pour le néophyte, dont le plus important est certainement celui de croire que c’est là la vraie vie, hors du corps, alors que « le dédoublement est un piège supplémentaire qui l’enfonce (le néophyte) plus profondément dans l’erreur en lui donnant l’impression d’une expérience fondamentale. » (Jeanne Guesné, « Les sorties hors du corps », in : 3e Millénaire, 1er trimestre 1994, n°31, p. 10). Il faut donc, à son avis, pratiquer une longue ascèse spirituelle afin d’être transformé psychologiquement avant de pratiquer l’OBE sinon il y a risque de danger pour la santé physique et mentale.

D’après Celia Green toujours, le rêve éveillé est neutre. Cependant, des émotions peuvent tout de même être ressenties, comme dans un vrai rêve, mais la qualité des images perçues n’est pas toujours très réaliste contrairement à ce que note Celia Green dans son tableau. Le rêve éveillé ressemble plus à de la rêverie.

Le réalisme en rêve lucide se voit qualifié de variable. Oui, il est parfois difficile de stabiliser le rêve lucide. Mais pour un sujet bien entraîné le réalisme est très fort, il peut même être ressenti comme plus réel que la réalité ordinaire. De même pour l’OBE et les apparitions. En ce qui concerne le rêve éveillé, Celia Green le trouve très réaliste.

Les faux-éveils se caractérisent par le vécu d’une expérience ressentie comme tout à fait réelle alors que l’on dort encore. Lors du vrai réveil on se rend compte que ce n’était qu’un rêve — mais tellement réaliste !

Il peut arriver qu’une personne fasse cette expérience plusieurs fois de suite et répète, comme une boucle sans fin, la même séquence de rêve et faux-éveil. Cela peut se révéler extrêmement déstabilisant, car on finit par douter de soi.

Le faux-éveil ressemble au rêve lucide par cette qualité du réel vécu pendant l’expérience. Par contre, pendant le faux-éveil, le sujet ne se rend pas compte de son état réel et en ce sens on peut en déduire qu’il n’est pas totalement lucide, même s’il pense qu’il possède toutes ses facultés cognitives.

Celia Green rapporte l’existence d’un autre type de faux-éveil — qu’elle nomme faux éveil de type 2. Dans cette expérience, le sujet se réveille dans une ambiance électrique avec la sensation que quelque chose de menaçant se prépare. Il peut aussi y être perçu des bruits étranges et inquiétants ainsi que l’apparition de silhouettes bizarres. Florence Ghibellini appelle cet état particulier l’état intermédiaire.

« Green distingue deux types de faux-éveils. Le plus commun [type 1] est celui dans lequel le discours et les pensées du rêveur semblent se rapporter à une expérience de rêve antérieure. Ceci se produit parfois au moment où le rêveur a la ferme impression de s’éveiller dans son lit ou lorsqu’il cherche des indices pour vérifier la réalité de son vécu. (…) Le second type [type 2] de faux-éveil est celui où le sentiment d’être effectivement éveillé se double d’une extraordinaire atmosphère de suspense. Lorsque surgit cette impression, le rêveur se voit toujours dans son lit, qu’il ne quitte pas en général. La prise de conscience de la nature insolite de son éveil ne survient qu’après un certain laps de temps et elle engendre un climat de suspense, de crainte ou d’excitation. Le rêveur peut alors s’éveiller ou rester dans cet état et avoir des visions. Ce type de faux-éveil se manifeste rarement et tous les rêveurs lucides ne le signalent pas. Fox affirme qu’à partir de celui-ci, il lui était possible de déclencher une expérience hors corps. » Patricia Garfield, op. cit., pp. 148-149.

L’état intermédiaire est aussi accompagné de manifestations de type kinesthésique (vibrations, fourmillements, énergie lumineuse ou électrique…), de type auditif (bruits, sifflements, crépitements, claquements…) et de type visuel (lumières, phosphènes…).

Jeanne Guesné rapporte également des ambiances similaires lors de ses voyages hors du corps :

« (…) je suis souvent entraînée dans des espaces d’une grande densité où l’atmosphère est lourde, oppressante, les bruits sont ressentis douloureusement. Ce sont des coups sourds, des crépitements métalliques, des craquements inconnus dans notre monde habituel. Il y règne un froid humide, qui me paralyse comme une peur. Et surtout, j’y rencontre l’eau sous toutes ses formes. C’est l’élément terrible, déchaîné, obscur qui m’engloutit en me communiquant une angoisse insurmontable. Les objets, les constructions, les paysages rencontrés au cours de ces sorties désagréables sont laids, sales, visqueux. Il règne toujours une demi-obscurité et je me déplace lourdement, difficilement, presqu’à l’horizontale, un peu comme on nage à contre-courant. Un peu comme Jean Marais flottait et avançait à travers une rue dévastée, bordée de décombres dans le film ‘‘Orphée’’ de Jean Cocteau. » (Jeanne Guesné, op. cit., p. 8)

À noter également que ces récits ont des similitudes avec ceux des rencontres avec des incubes et des succubes. On se trouve là, manifestement, dans une catégorie d’expériences assez proches et peut-être s’agit-il du même état non ordinaire de conscience.

Voici un récit rapporté par Célia Green qui montre l’ambiance de ce genre d’expérience :

« Je me réveillais et remarquais que la radio était encore en marche. (…) Quelle heure est-il donc ? Je me relevais pour voir le réveil (qui était à une distance d’environ deux mètres) lorsque je me sentis mal. J’hésitais. Comme tout semblait normal, je continuais mon geste tout en ressentant une ambiance pesante dans l’atmosphère, et pris la montre qui se transforma tout à coup dans ma main ! Rapidement, je la rejetais. Le cadran noir était devenu blanc et les aiguilles se dirigeaient vers les chiffres 9 et 10. C’est à ce moment que je remarquais qu’il s’agissait d’un faux-éveil. Je réfléchis quant à la signification de la position des aiguilles (car je savais qu’il ne s’agissait nullement de l’heure véritable) et me remis sous mes couvertures. Il y avait des monstres qui me pesaient dessus, je criais à l’aide et ne m’éveillais pas, jusqu’au moment où je les attrapais, les combattais et les jetais à terre. » (Celia Green, op. cit., p. 110).

Cet état de type 2 peut conduire à une sortie hors du corps ou à un rêve lucide si le sujet se montre inflexible dans sa détermination. Mais souvent, ce faux-éveil de type 2 est accompagné d’une paralysie du sommeil, cet état si mystérieux et angoissant où l’on se sent, lors du « réveil », totalement paralysé.