AA7a « Abductee » : profil psychologique

Kenneth Ring, qui est un spécialiste des NDE, a étudié les personnes enlevées par les extraterrestres — le terme anglo-saxon est abductee — et a tenté de dresser leur profil psychologique, puis l’a comparé aux personnes ayant vécu des NDE. (Bertrand Meheust, dans En soucoupes volantes — vers une ethnologie des récits d’enlèvements, propose de traduire le terme abductee (de  to abduct, enlever), par : « les ravis ».)

Il en résulte que de fortes similitudes existent entre les deux groupes dont une des caractéristiques principales est leur transformation psychologique après l’expérience ENOC. Les Ndistes sont plus ouverts aux autres, montrent un moins grand intérêt pour les choses matérielles et se tournent vers la spiritualité. Les enlevés ou ravis montrent des caractéristiques similaires mais ont acquis, pour certains, en plus, ce qu’ils appellent des pouvoirs : précognition, télépathie, don de guérir, par exemple.

Voyons d’un peu plus près ce profil psychologique :

« les individus qui, à l’âge adulte, font état d’expériences liées aux ovni ou aux NDE n’étaient pas, dans leur enfance, spécialement enclins aux fantasmes, mais étaient déjà apparemment sensibilisés aux réalités paranormales — ceci est particulièrement vrai pour les témoins de phénomènes OVNI. » (Kenneth Ring, Projet Oméga, p. 108.)

Donc, ces enfants sensibilisés à des phénomènes paranormaux racontent souvent des histoires impliquant des rencontres avec des entités non physique alors qu’ils disent ne pas dormir et ne pas rêver. En voici un exemple :

« Je me trouvais dans ma chambre, où j’étais endormie [elle avait quinze ans à l’époque de cet incident particulier, mais, selon elle, les toutes premières expériences remontent à l’âge de deux ans !]. Je me réveillais — j’ignore quelle heure il était. Je restai là à réfléchir un moment — à rien de grave ni de triste —, et finalement, plutôt contrariée de m’être réveillée, je me retournai pour essayer de me rendormir. Un homme nimbé de lumière de la tête aux pieds se tenait debout près du lit. Ma première idée fut : “Mon Dieu ! C’est un mort bien vivant qui se tient là !”.

C’était un humanoïde aux cheveux blonds roux, aux yeux bleus (…). Satin bleu, dentelle blanche, bas et redingote cintrée.

J’étais terrifiée ! Il me demanda télépathiquement d’allumer la lumière. Je sautais du lit pour appuyer sur l’interrupteur. Il était toujours là ! En proie à une intense panique, je ne parvenais pas à détacher mon regard du jeune homme. Puis il disparut, s’évanouit. Après sa disparition, ma peur se dissipa complètement. J’éteignis la lumière, me recouchais et me rendormis. » (Ibid., pp. 109-110)

Un autre exemple, celui d’une femme, avec des composantes de transe ecsomatique :

« Le jour de mon troisième anniversaire, ma mère organisa une fête et m’offrit une bague avec un diamant. Alors que nous étions attablés dans l’attente du gâteau, je sortis de mon corps, me mis à flotter autour du plafond, m’observant moi-même ainsi que les autres enfants. Lorsque ma mère apporta le gâteau et que je soufflais les bougies, je réintégrais mon corps. Cette nuit-là, j’étais trop énervée pour dormir. Mon lit se trouvait sous une fenêtre. Je restais accoudée au bord de la fenêtre, et regardais les étoiles et ma bague. En levant les yeux vers le ciel, je vis trois lumières qui se mirent à grossir, à briller de plus en plus intensément à mesure qu’elles se rapprochaient. Elles vinrent tout près de ma fenêtre et flottèrent alentour. Puis elles prirent la forme d’êtres humains. Chacun avait une couleur dominante : or, bleu et rose. Ils m’avaient amenée sur Terre pour apprendre. Ils me dirent que la Terre était une école, et que je subirais beaucoup d’épreuves difficiles, que je croiserais des êtres étranges, que ma tâche consistait à apprendre à les aimer quoi qu’ils fassent. Ils me dirent que, quels que soient les événements, mon être véritable ne serait jamais affecté. Puis ils s’en allèrent.» (Ibid., p. 112)

Un certain nombre de chercheurs voient chez ces personnes des caractéristiques psychologiques particulières incluant souvent des capacités de nature parapsychologiques.

Jenny Randles, ufologue anglaise, déclare :

« Je suis convaincue que ces aptitudes imaginatives supérieures, doublées de scores PES (PES : perception extrasensorielle) élevés obtenus au cours d’autres expériences, et l’incidence très claire d’expériences paranormales dans la vie des personnes enlevées s’avéreront être la clé de tout le mystère, car il semble que ce soit le seul élément qui les distingue de toutes les autres personnes. » (Citée par Kenneth Ring, op. cit., p. 114)

Hilary Evans, ufologue et folkloriste anglais :

« J’ai l’impression que, dans le privé, nous dirions pour la plupart que nous savons assez clairement qui est le plus enclin à faire ce type de rencontre. Je crois que c’est le genre de personne que nous décririons vaguement — toujours officieusement — comme ayant des tendances “psi”. » (Cité par Kenneth Ring, ibid., p. 115)

Et Berthold Schwarz :

« Ce type de rencontre n’est pas qu’un événement isolé dans la vie d’un individu, mais un phénomène à replacer dans le contexte plus large de son vécu antérieur, et des expériences, attitudes, et comportements qui font suite à la rencontre… La plupart des sujets ont une personnalité dissociative, dans certains cas mêmes de multiples personnalités. Ils sont prédisposés aux états de transe… On observe aussi le déchaînement de phénomènes “psi” dans l’entourage du sujet. Peut-être est-ce prévisible, puisque les états de transe induisent la production de PES et de phénomènes de psychokinésie. » (Ibid.)

Pour Kenneth Ring, ce profil psychologique spécifique trouve son origine chez des sujets prédisposés et les enfants maltraités représentent une partie de cette population.

Concernant la maltraitance de ces sujets lors de leur enfance, Kenneth Ring conclut, après enquête, à « la présence de niveaux relativement élevés (par rapport au groupe de contrôle) de traumatismes et de mauvais traitements au cours de l’enfance, ainsi que d’autres formes possibles de stress. » (Ibid., p. 118) Mais ces mauvais traitements ne sont qu’une caractéristique causale parmi d’autres et ne sauraient à eux seuls expliquer les vécus de ces enfants. Kenneth Ring insiste bien là-dessus et souligne que l’étude « n’établit pas qu’ils jouent un rôle essentiel, et encore moins exclusif ».

Une autre particularité de ce profil psychologique particulier est la présence d’un pattern dissociatif.

En ce qui concerne la dissociation — qui est un phénomène normal que nous utilisons régulièrement ; elle ne devient pathologique que lorsqu’elle atteint des degrés extrêmes — les sujets qui « relatent des expériences liées aux OVNI et aux NDE semblent plus exposés que d’autres aux tendances dissociatives dans leur fonctionnement psychologique. » (Ibid., p. 121)

Pour Kenneth Ring, donc, les enfants ayant vécu un événement traumatisant de quelque nature ont développé comme moyen de défense privilégié la dissociation et, tendant ainsi à se déconnecter de la réalité de l’univers physique et social habituel — car dangereux —, ils ont développé la capacité d’absorption, c’est-à-dire la faculté de cibler son attention vers les réalités intérieures, psychiques, en se coupant de la réalité extérieure. Cette capacité d’absorption permet ainsi à l’enfant d’expérimenter un monde sensoriel intérieur. Ainsi ces états de conscience liés à l’absorption induisent des expériences OVNI ou NDE. En tous, cas, l’absorption est une des composantes principales de ces vécus. Kenneth Ring ajoute :

« Ainsi, une étude récente portant sur des personnes qui font des prédictions sur des bases mystiques et visionnaires a mis en évidence, parmi tous les traits de personnalité pris en compte, la prépondérance absolue d’une variable : la capacité d’absorption, variable dont la courbe linéaire était en corrélation directe avec la fréquence de telles expériences (Voir Peter L. Nelson, Personality Factors in the Frequency of Reported Spontaneus Preternatural Experiences, Journal of Transpersonal Psychology 21 (1989), pp. 193-209). Cette découverte globale va dans le sens d’autres recherches sur les aspects corrélatifs à l’expérience mystique (Par exemple, E.W. Mathes, Mystical Experiences, Romantic Love and Hypnotic Susceptibility, Psychological Reports 50 (1982), pp. 701-702 ; N.P. Spanos et P. Moretti, Correlates of Mystical and Diabolical Experiences in a Sample of Female College Students, Journal of the Scientific Study of Religion 27 (1988), pp. 105-106), de même que les études portant sur les sorties du corps spontanées ou volontaires, états qui ont tous, semble-t-il, un rapport avec les tendances à l’absorption. En outre, dans le contexte spécifique des NDE, une étude au moins démontre clairement le rapport existant entre l’état d’absorption et la situation individuelle de la personne qui vit une NDE (James B. Council et Bruce Greyson, Near-Death Experiences and the Fantasy-Prone Personality, essai présenté à l’American Psychological Association, Los Angeles, Californie, août 1985)» (Kenneth Ring, op. cit., pp. 123-124)

Kenneth Ring, ayant déterminé le profil psychologique des personnes sujettes aux NDE et rencontres OVNI entre autres, nous présente ensuite son modèle, la personnalité type, le prototype d’individu qui va avoir souvent des expériences de ce genre. Ainsi :

« En fait, on peut supposer qu’un tel individu, en raison de ce type de conditionnement psychologique [traumatisme à dissociation à absorption], est bien rôdé à ces états de conscience, car il y a souvent eu recours. Et donc, lorsque plus tard au cours de leur vie, ces individus subissent un choc ou un traumatisme, qu’il s’agisse d’une expérience aux frontières de la mort ou d’un contact avec des OVNI, ils sont, plus que d’autres, en raison du vécu antérieur qui les a familiarisés avec ces réalités paranormales, portés à “basculer” dans cet état de conscience qui, tel un objectif à lentille spéciale, leur permet d’entrevoir ces événements exceptionnels. C’est pourquoi, il leur arrive de “voir” et d’enregistrer des choses qui risquent d’échapper à la conscience d’autres personnes. Ce que je veux donc suggérer, c’est que ces individus sont ce qu’on pourrait appeler des sensitifs psychologiques, avec un seuil de réaction au stress très bas, et que c’est leur enfance traumatisante qui a contribué à les façonner de la sorte. » (Ibid., p. 124)

Pour Kenneth Ring, la maltraitance n’est qu’un des itinéraires débouchant sur ces personnalités sensitives et il y aurait d’autres voies comme la possibilité d’une prédisposition innée ou d’un apprentissage ciblé des parents encourageant leurs enfants à développer leur imagination.

Suite à ces vécus de mort rapprochée et de contacts avec des OVNI, il s’ensuit, pour les sujets, toute une série de transformations physiologiques et psychiques :

  • sensibilité accrue à la lumière, aux sons, à l’humidité, aux aliments, à l’alcool, aux médicaments…
  • modification du fonctionnement physiologique et neurologique, comme par exemple : température du corps, pression artérielle, système nerveux…
  • modification dans les sensations énergétiques du corps ou les cycles comme : cycle du sommeil, sensation d’énergie, sensations inhabituelles dans le corps…
  • modification du fonctionnement émotionnel : fluctuations d’humeur, émotivité…
  • modification du champ de conscience: capacité accrue à traiter les informations, impression d’expansion mentale, perception de réalités parallèles…
  • fonctionnement paranormal : télépathie, précognition, psychokinésie, guérison…

Ces transformations ne sont pas subtiles, elles sont en fait pour la plupart des sujets touchés assez spectaculaires. Pour Ring, dans de nombreux cas, on a affaire à une reprogrammation du système nerveux avec une sensibilisation accrue de tous les sens.

Certains auteurs avancent l’hypothèse que ces processus (NDE et enlèvements) sont une sorte d’initiation chamanique spontanée. Tout se passerait comme si notre culture occidentale — très matérialiste et de plus en plus éloignée des contingences spirituelles —, vivait une réactualisation spontanée du processus initiatique en cette fin du XXème siècle, de plus en plus répandue et touchant un nombre de sujets sans cesse croissant, pour les mêmes raisons que celles déjà citées plus haut — je les rappelle ici : le millénarisme, la peur des changements liés à l’accélération des progrès scientifiques, les risques concernant l’intégrité de notre écosystème, les nouvelles découvertes en biotechnologie (génie génétique et transgénisme) et la menace de destruction massive par nos armes de guerre (nucléaires, bactériologiques, chimiques…)…

Kenneth Ring, donc, semble avoir mis en évidence un profil psychologique des personnes susceptibles d’être sujettes à ce processus initiatique spontané. En tous cas, ces personnes se disent investies d’une sorte de mission et vouloir modifier le cours de l’évolution de l’humanité avant la catastrophe finale qu’ils voient comme irréversible si rien n’est fait. Et cela est en fait un des thèmes principaux de la mouvance New Age.

Si l’on connaît relativement bien la cause des NDE, il n’en est pas de même en ce qui concerne les contacts avec les OVNI. Car si ces contacts modifient la structure neurobiologique des sujets touchés, comment cela se passe-t-il ?

D’après les travaux de Paul Devereux sur les phénomènes lumineux naturels, qu’il nomme illuminations terrestres, il y aurait un lien très fort entre ces manifestations et ce que les témoins appellent OVNI. Les phénomènes classés sous la dénomination illuminations terrestres sont liés : aux boules de feu (associées à des temps orageux), à des lumières accompagnant les tremblements de terre, à une activité volcanique, à des plans d’eau (océan, lacs, rivières, chutes d’eau…), à la proximité des lignes électriques, des pylônes de transmission, des pics montagneux, des bâtiments isolés, des routes et voies ferrées, des carrières, des crêtes rocheuses et des cavernes.

Michael Persinger, neurophysiologiste et psychologue à la Laurentian University de Sudbury dans l’Ontario, a émis la théorie des tensions tectoniques, qui donne une assise plus solide à la théorie de Devereux.